Tribune libre – Confinement n°2 : quelles perspectives ?


Depuis l’annonce la semaine dernière d’un nouveau confinement de la population, la lassitude et la consternation ont pris le pas sur la tristesse de la situation. A la Confédération Paysanne, nous n’acceptons pas benoîtement des mesures pondues par des technocrates. Oui, nous les respecterons car nous ne nous considérons pas omniscient·e·s. Mais nous utilisons notre liberté d’expression pour interroger ces mesures choisies par nos gouvernants et les conséquences qu’elles ont sur notre métier, sur la société et ses composantes.

Tout d’abord ce sont les restaurateurs·trice·s, les petit·e·s commerçant·e·s, et les agriculteurs·trice·s qui travaillent en direct avec elles et eux, qui font partie de celles et ceux qui souffriront le plus de ce reconfinement ! Les grands groupes comme Amazon et les grandes surfaces vont encore, eux, augmenter leurs profits. La cacophonie gouvernementale au sujet des produits jugés « non essentiels » est bien au centre d’une certaine forme d’impréparation. Rassurons-nous, le Président a jugé bon de rappeler que « les exploitations agricoles continueront de fonctionner« . Mais fonctionner pour un·e paysan·ne nécessite de produire certes, mais aussi de commercialiser et c’est là que les restrictions absurdes apparaissent. Nous dénonçons le deux poids deux mesures d’une liberté quasi absolue de la grande distribution et des plateformes de e-commerce de faire leur beurre sur le dos des consommateur·trice·s captifs·ves.

Nous avons donc demandé au Ministre de l’Agriculture que toutes les mesures sanitaires dans les hyper et supermarchés soient appliquées et qu’une jauge maximale de fréquentation soit fixée comme c’est le cas pour les marchés restés ouverts ce week-end. S’agissant de l’accès en libre-service des produits comme les fruits et légumes dans les GMS, il doit être suspendu ou aménagé à l’image de ce qui se fait sur les marchés, pour que ces produits ne soient pas manipulés directement par les consommateurs·trice·s. Cela n’avait déjà pas été le cas lors du premier confinement.

Les débats se concentrent essentiellement sur les mesures de restriction et de prévention mais jamais le renforcement des défenses immunitaires n’est abordé. Nous n’avons pas le droit de dire que nos produits peuvent guérir, nous ne sommes pas médecins, mais nous devons dire que de nombreux produits naturels produits par des paysans et paysannes peuvent aider l’organisme à se défendre contre les virus. Huiles essentielles, tisanes, miel, gelée royale, spiruline, propolis, et cie, sont des produits qui stimulent les défenses immunitaires. Il serait temps que l’on s’empare de notre santé. En effet, si l’immunité globale est en berne, c’est aussi parce que la majorité de la population n’a accès qu’à une nourriture industrielle, faible en nutriments, ultra-transformée, gonflée à la graisse, au sucre et sel pour pallier le manque de goût… Les produits issus de nos fermes sont de meilleure qualité nutritive, frais (donc « vivants » et riches en bons éléments), cueillis à maturation pour les végétaux et élevés jusqu’au bon âge pour les animaux (et non boostés artificiellement), les fromages au lait cru renforcent la flore intestinale qui nous aide à lutter contre les virus.

Par cette tribune, nous souhaitons aussi alerter les consommateur·trice·s qu’un grand nombre de filières se retrouve en difficulté, en particulier celles liées aux festivités de fin d’année comme les volailles festives, les châtaignes, les fromages de qualité ou encore le vin. Face à la fermeture d’un grand nombre de commerces dit « non essentiels », des maires et des élu·e·s locaux·ales résistent et se sont déjà mobilisé·e·s contre ces fermetures, notamment pour maintenir une activité économique dans les villages. Agir ainsi, c’est se donner réellement la possibilité de faire vivre la relocalisation que le gouvernement semble prôner.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Certain·e·s nous traiteront d’irresponsables car nous essayons d’ouvrir un regard critique sur la situation actuelle, mais les irresponsables sont celles et ceux qui, suivant dogmatiquement la doctrine néolibérale, ont conduit le service public hospitalier au bord de la rupture. Nous constatons que les moyens de la santé publique se sont affaiblis d’années en années. Nous déplorons que face aux critiques maintes fois répétées des soignant·e·s sur leurs conditions de travail dégradées, les seules réponses soient au mieux une vulgaire prime, mais plus souvent des gaz et des coups de matraque alors qu’ils demandent simplement la reconnaissance de leur travail et des moyens humains supplémentaires. Nous sommes en colère et en insécurité sanitaire face aux fermetures passées et futures de lits dans les hôpitaux (quand ce n’est pas l’hôpital rural en entier) et à la déprise du secteur de santé sur nos territoires. Demander un investissement massif dans nos hôpitaux (matériel, embauche, revalorisation des salaires pour les rendre attractifs) ne nous parait pas être déraisonnable ! Cet investissement est indispensable pour envisager de (re)vivre un jour normalement avec le Covid et les autres virus qui ne manqueront pas d’arriver.

Il est pour nous aujourd’hui vital de rappeler l’urgence de penser société, de faire société. On ne peut pas laisser à l’abandon des secteurs entiers de l’économie alors que dans le même temps des groupes comme Amazon vont engranger des profits, ne paieront pas l’impôt et obtiendront même de surcroît la possibilité de construire de nouveaux entrepôts sur des terres agricoles. Face à cette triste réalité, nous appelons toutes et tous à la solidarité. Il est urgent que la redistribution soit organisée par des décisions politiques, les pertes des un·e·s et des autres ne peuvent être seulement comblées par nos impôts quand d’autres font des bénéfices indécents dans le même temps.

Malgré les difficultés sanitaires du moment, ne tombons pas dans le panneau sécuritaire et liberticide que nous vend le gouvernement. Nous voulons une France qui vit de petits commerces, de petit·e·s restaurateurs et restauratrices, de petit·e·s producteurs et productrices, avec des produits de qualité !Profitons de ces temps troublés pour nous organiser, cogiter et innover. La sécurité sociale de l’alimentation est une des pistes de travail pour repenser collectivement les relations entre paysan·ne·s et consommateurs·trice·s. Nos mouvements sont limités mais nos esprits peuvent s’émanciper, utilisons cette liberté !

Le comité régional de la Confédération Paysanne Auvergne-Rhône-Alpes

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