Plaidoyer pour l’élevage paysan − L’élevage paysan est vert, du lundi au dimanche !

La Confédération paysanne travaille depuis longtemps au développement de l’agriculture paysanne qui intègre tant les dimensions économiques, sociales qu’environnementales. L’éloignement du citoyen du monde agricole et rural a engendré une méconnaissance des processus du vivant, accompagnée d’une méfiance accrue suite aux scandales agroalimentaires successifs.

Pourtant, l’élevage paysan en France est encore très présent et vertueux. Ce dernier a un rôle bénéfique majeur dans l’équilibre écologique des systèmes agricoles (polyculture-élevage, zones herbagères, zones pastorales, etc.), dans la vitalité des territoires ruraux (emploi et valeur ajoutée) et dans l’aménagement des territoires, de l’aspect culturel ; paysager et gastronomique ; à l’aspect naturel par la préservation de la biodiversité du fait des éléments écologiques nombreux associés aux fermes d’élevage (haies, prairies, fertilité des sols, écopâturage…)

Face aux agitations médiatiques, notamment de la part d’associations prônant l’abolition de l’élevage comme L214, la Confédération paysanne souhaite que le débat prenne pleinement en compte l’apport de l’élevage paysan. Pour ce faire, il ne suffit pas de dénoncer l’agribashing ou d’appeler à rendre « l’agriculture aux agriculteurs ».

Pour Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, « il faut réconcilier les paysan-ne-s et la société en expliquant notre métier, en mettant en avant nos savoir-faire et en menant la transition agricole. »

Un groupe relations Humain/Animal a été constitué au sein de la Confédération paysanne afin de travailler à des outils pédagogiques et à une communication positive sur l’élevage paysan.

Cela donne de fait un discours nuancé qui permette de plaider en faveur de l’élevage paysan sans cesser de pointer les dérives de l’agriculture industrielle, bien plus présente dans d’autres pays du globe qu’en France. Cette industrialisation menace de prendre de l’ampleur en France que ce soit par le développement de fermes-usines, par la perte totale d’autonomie des paysan-ne-s sur leurs outils de production ou l’impact économique et écologique néfaste des importations de produits industriels à bas coûts, tirant les prix et les conditions socioéconomiques vers le bas, encouragée par la logique actuelle de compétitivité et de libre-échange. Seule la Confédération paysanne a le courage de combattre ces dérives dangereuses pour le devenir des producteurs et productrices agricoles et contraires aux attentes sociétales.

Nous avons axé notre travail, en premier lieu sur l’échange entre paysan-ne-s sur leurs savoir-faire et leur approche de la relation Humain/Animal. Bien sûr, nous sommes nourris aussi par les apports scientifiques, éthologiques et philosophiques divers. Mais la parole paysanne a toute sa place pour définir la relation Humain/Animal que nous souhaitons dans notre société, question intimement liée à quelle agriculture et quelle alimentation nous voulons demain. L’éthique paysanne est insuffisamment mise en avant.

Le livre de paroles paysannes sur les relations Humain/Animal que nous présentons aujourd’hui dépasse le cadre de la seule notion de « bien-être » animal. Elle élargit le débat aux questions d’emploi, de vie dans les campagnes, d’approche de l’écologie (quelles relations avec le monde vivant), de perception de la mort, etc.

Ce livre permet ainsi de donner la parole aux paysan-ne-s, à celles et ceux qui font et vivent la nature au quotidien. Ce lien sensible au monde vivant amène à une considération forte du monde paysan à notre environnement. Cette question est trop souvent occultée dans les débats actuels.

Ce livre est aussi l’occasion de soumettre les propositions de la Confédération paysanne sur le sujet : qu’il s’agisse du travail mené sur l’abattage de proximité, de l’autonomie sur les fermes ou la sélection paysanne.

Ce livre défait aussi un certain nombre d’idées reçues sur l’élevage car les critiques adressées ne font pas la distinction entre les fermes paysannes et les unités industrielles de production animale. L’appel à la baisse de la consommation de viande et autres produits animaux, compréhensible dans les pays occidentaux où il existe de la surconsommation et du gaspillage, est bien trop généraliste et simpliste. Le risque est que les premiers touchés soient les éleveurs paysans, pourtant essentiels à nos territoires, bien plus que les firmes de l’agrobusiness. La question sociale d’une alimentation de qualité accessible à tous et toutes nous semble incontournable aujourd’hui et pourtant dramatiquement écartée du débat de société.

Cette communication intempestive sur les dangers des produits animaux engendre des amalgames et raccourcis trompeurs pour le citoyen. L’élevage serait alors forcément « polluant », la domestication animale « une exploitation » des animaux, le végétal serait forcément plus « vertueux », « le vert » ne pourrait être associé à l’élevage. Or, les systèmes agricoles et alimentaires sont bien plus complexes.

C’est pourquoi nouer un dialogue fructueux et serein avec la société est urgent pour que chaque partie progresse dans la compréhension de l’autre.

La Confédération paysanne est à même de défendre l’élevage paysan, en restant pleinement ouverte aux attentes et préoccupations citoyennes. Nous sommes convaincus que l’agriculture paysanne est la voie pour intégrer le défi climatique à venir, la relocalisation de nos systèmes alimentaires, l’urgence de la préservation de nos écosystèmes et d’une rémunération paysanne équitable ainsi que les enjeux d’emploi et de renouvellement des générations dans les zones rurales et de répartition des richesses, ici et ailleurs.

Ce plaidoyer à l’élevage paysan est sans détours. Il n’empêche aucunement la Confédération paysanne de continuer à pointer du doigt les dérives du système agricole et alimentaire actuel : développement des fermes-usines, concentration des ressources génétiques, perte de biodiversité, perte de sens du métier d’éleveur-euse par un lien Humain/Animal distendu dans les unités de production animale industrielles, freins à la transition agricole, dérégulation des marchés, etc.

C’est en ne fermant pas les yeux sur les tendances délétères actuelles que nous mettrons en avant au mieux les modèles de polyculture-élevage, d’élevage herbager et pastoral qui façonnent la France.

Équilibre dans les champs, équilibre dans l’assiette

Les objectifs de ce livre :

  • Apporter un discours positif sur l’élevage paysan.
  • Donner la parole aux éleveurs et éleveuses sur leur métier, leur savoir-faire et leur vision de la nature.
  • Exposer les atouts et les difficultés rencontrées en élevage paysan.
  • Dresser un constat lucide sur les dérives : industrialisation, mainmise de l’agroalimentaire, faiblesse des revenus, surconsommation de produits animaux dans les pays occidentaux, dégradation de l’environnement, spécialisation des territoires…
  • Défaire les généralités et idées reçues sur l’élevage.
  • Proposer des solutions via l’agriculture paysanne : polyculture-élevage, plus d’éleveurs et mieux répartis sur les territoires, systèmes herbagers et pastoraux, etc.
  • Ouvrir le dialogue avec la société sur l’agriculture, l’alimentation, le rapport à la nature que nous souhaitons avoir.

Nous appelons les éleveurs-euses mais aussi l’ensemble des agriculteurs-rices à se saisir de cet outil pour s’exprimer à leur tour sur ce sujet.

Ces paroles peuvent faire écho, faire réfléchir, interpeller. Nous espérons que ce livre, écrit par et pour les paysan-ne-s, vous sera utile dans vos fermes, dans vos étables, dans vos centres équestres, dans vos CUMA, au café, sur les marchés, dans vos repas de famille. Quoi de mieux comme plaidoyer pour l’élevage qu’un recueil des paroles de celles et ceux qui font et vivent la nature au quotidien !

Pouvons-nous réfléchir autrement ? Réfléchir à faire société avec la nature et nos animaux. Pour cela, l’élevage paysan offre indéniablement des clés pour repenser cette question face à l’industrialisation et au véganisme dont les réponses ne sont en aucun cas équilibrées et fondées.

Cet éloignement entre le monde de l’élevage et les consommateurs-trices a logiquement mené à des incompréhensions mutuelles. La prise de conscience actuelle de la question de la bientraitance animale est positive, mais elle ne doit pas être brutale en balayant toutes les autres questions : celle du revenu paysan, de la place des campagnes dans nos territoires, de la société que nous souhaitons, du lien au vivant que nous entretenons, notre rapport à la nature et au sauvage…

Donner du sens à l’élevage en tant que relations Humain-Animal, c’est redonner de la valeur au métier d’éleveur.

La Confédération paysanne sera toujours aux côtés des éleveurs-euses dans leurs combats et pour améliorer leur quotidien et celui de leurs animaux.

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