D’un fonctionnement familial à une ferme paysanne

Rencontre avec Pierre Gachet, producteur de lait, à Beaufort-sur-Doron, au sein du « G.A.E.C. Gachet ».

En 1979, âgé de seize ans, Pierre a commencé à travailler sur la ferme familiale avec ses parents. Une ferme modeste, avec 8 à 10 vaches laitières et quelques génisses, comme il y en avait tant à l’époque dans le Beaufortain. À la retraite de ses parents, il reprit l’activité jusqu’en 1992. Année de la création du G.A.E.C. avec l’un de ses frères. La ferme conservera sa dimension et son esprit familial jusqu’en 2007. Depuis les associés ne sont plus issus de la même famille. Aujourd’hui ils sont quatre à travailler sur la ferme, dont un salarié.

La force du collectif

Le travail en collectif est un choix assumé pour ce paysan : « On a toujours été plusieurs sur la ferme ! Si tu es seul, en cas de problème qui va s’occuper des animaux ? ». Pour lui qui fût l’un des fondateurs de C.O.P.E.L.S.A., « penser collectif » est un maître-mot : « Le collectif est la bonne solution : elle permet de limiter les intrants quel qu’ils soient ! ». Penser collectif, et rester attentif : « Il faut veiller à ne pas surinvestir dans la coopérative alors que le nombre de ferme décline, qu’il y a moins de terrains agricoles à cause des résidences secondaires et du tourisme… ».

L’application des principes de l’Agriculture Paysanne

La dimension du cheptel pourrait surprendre : 35 vaches laitières pour faire vivre 4 paysan-nes ! Y-a-t-il un secret ? Le prix du lait ? Certes. Les aides ? 22%. Ce qui fait la différence, c’est l’application des principes de l’Agriculture paysanne.
Comme la répartition des volumes de production pour permettre au plus grand nombre d’accéder au métier et d’en vivre : « Nous avons privilégié l’humain à la place des machines. Nous avons environ 8,5 vaches chacun. Il faut 3 à 4 vaches pour payer les charges et 4 à 5 vaches pour gagner sa vie ». Ce qui correspond à l’adage pratiqué sur la ferme : « Valoriser plus et produire moins ! ».
Comme viser le maximum d’autonomie dans le fonctionnement et les ressources de la ferme : « Nous tendons vers l’autonomie en fourrage, nous élevons nos femelles, nous engraissons les mâles pour la boucherie, etc ». L’ambition atteinte est de de diversifier les revenus avec d’autres produits de la ferme que la production de Beaufort.

D’une vie nomade à une vie sédentaire

La transhumance s’effectue du 10 juin au 20 septembre sur les alpages. Deux paysans pratiquent cette vie de nomade : « Le troupeau suit la végétation et nous suivons le troupeau… ». De sites en sites, de chalets en chalets d’alpages, les vaches laitières, les hommes et le matériel sillonnent les cimes. Les deux autres paysans s’occupent d’effectuer les fenaisons, des travaux inhérents sur la ferme, de veiller sur animaux qui ne partent pas en alpage.
Du 15 novembre à début avril, au hameau du Praz, la neige isole les paysans sur la ferme. Ils s’attèlent donc aux travaux quotidiens, à s’occuper prioritairement du troupeau : « Avoir des vaches c’est une contrainte mentale, des attentions de chaque jour » avoue Pierre.

En définitive, ils sont fiers et heureux de vivre et travailler à temps plein, toute l’année, sur une ferme de montagne : « Tous les revenus sont issus des vaches ! » conclut dignement Pierre.

La Ferme en Bref

  • ETP : 4
  • C.A. : 220 000 euros

Activité

  • 35 vaches laitières en production de Beaufort
  • environ 50 génisses.

Assolement

  • 120 ha (en alpage à 1600-2000 mètres d’altitude)
  • 40 ha (à 1000-1300 mètres d’altitude).
  • Le G.A.E.C. n’est propriétaire d’aucune terre. L’ensemble est loué.