Paysan à la Conf’ et en filière longue

Des paysans en filière longue et production laitière, et qui sont attirés par le projet d’agriculture paysanne de la Conf’, oui il y en a ! Olivier Giroud nous fait part de son quotidien et aborde en toute transparence le fonctionnement de sa ferme et ses perspectives de développement.

Olivier, peux-tu nous raconter l’histoire de cette ferme familiale ?

Olivier Giroud : Yves, mon père, et Bruno, mon oncle, ont repris la ferme de mes grands-parents, située à Biol, et ont créé le GAEC en 1992. Ils ont démarré avec 15 vaches laitières et 30 ha environ. Ils ont développé divers ateliers : lapins, veaux de lait, petits fruits, avant de se spécialiser dans la production laitière. Ils ont racheté des quotas de lait petit à petit pour arriver à se payer, et investi pour pérenniser la ferme, notamment par la construction du bâtiment accueillant les vaches allaitantes. Aujourd’hui, nous avons 90 vaches allaitantes, elles produisent 800 000 litres de lait par an et nous avons 150 hectares.

Comment conduisez-vous les cultures sur votre ferme ?

O.G. : On peut dire que la ferme est conduite « raisonnablement » : l’ambroisie est gérée par broyage, nous faisons beaucoup de faux semis et nous n’utilisons pas de glyphosate. Nous essayons d’utiliser les effluents d’élevage au plus juste, à différents stades : lisier, fumier, compost. Nous achetons de la paille au champ et du concentré de protéines. Nous sommes en réflexion sur le passage en Agriculture biologique ainsi que sur l’autonomie complète en alimentation : à partir du diagnostic sur l’autonomie alimentaire réalisé en 2017 avec la Chambre d’agriculture, nous sommes déjà autonomes pour le fourrage, et nous augmentons notre autonomie en protéines par la culture de méteils et de luzerne.

Qu’a apporté ta venue dans le GAEC ?

O.G. : Nous avons continué à orienter le troupeau vers un système plus herbagé : plus de pâturage et plantation d’arbres pour apporter de l’ombre aux vaches. Le parcellaire groupé favorise le développement du pâturage ! Et j’aime bien voir mes vaches dehors et aller les chercher : c’est un petit moment tranquille, où on prend le temps (et c’est rare!).
On vit nos derniers mois avec du soja OGM, on finit le stock et après, basta !
Et puis je me suis mis à l’apiculture, donc parmi les plantations d’arbres, nous favorisons également les ressources mellifères, telles l’érable, le tilleul, le merisier, le châtaigner…

Tu évoques l’activité apicole sur votre ferme. Avez-vous d’autres ateliers sur votre ferme ?

O.G. : Oui, en plus du miel que nous vendons en direct, nous proposons également à nos clients des colis de viande des génisses issues du troupeau des vaches allaitantes, ainsi que des veaux de lait. Nous vendons également des colis de viande de porc.

Justement, l’abattoir où vous allez, à la Tour-du-Pin, va fermer prochainement. Comment envisagez-vous la suite pour continuer à développer la vente directe de colis de viande ?

O.G. : Nous sommes en début de réflexion pour trouver une autre piste pour un abattoir, et notre choix se porte sur celui de Grenoble, car il est géré par des éleveurs. Mais j’aime aussi l’idée de développer un abattoir mobile. Je me suis inscrit au groupe Abattage de proximité de la Conf’ pour pouvoir suivre l’évolution de ces pratiques, et voir si un jour je peux y contribuer ici !

Yves et Bruno sont à la FDSEA, et toi, à la Conf’. Comment ça se passe entre vous ?

O.G. : On a les infos des deux syndicats ! Et puis, mon père et mon oncle me facilitent la transmission. Même si ça leur semble un peu « osé », ils me laissent faire ce que je veux ! Et je viens chercher à la Conf’ de nouvelles pistes de réflexion sur nos pratiques, bien rodées sur notre ferme. Avoir d’autres cartes en main dans notre gestion pour mieux allier économie, temps personnel, valeurs, techniques de travail… Je suis pour le moment plus en recherche technique. L’aspect syndical viendra sûrement par la suite. Mais évidemment, un prix rémunérateur, c’est sans dire ! Tout comme la revalorisation des retraites ! Je le vois actuellement, mon père va toucher 750 euros par mois…

Effectivement, Yves part bientôt à la retraite, et ce sera ensuite au tour de ton oncle. Comment envisages-tu l’avenir sur la ferme ?

O.G. : L’avenir… trois associés comme maintenant, ce serait bien ! Ou plus selon les ressources et le revenu disponible ! Je pense que l’agriculture a un avenir, avec des systèmes plus diversifiés et dans des fermes à plusieurs. Ma compagne, Marie, possède son atelier de travail du cuir sur la ferme. Nous participons également à l’organisation du Biol Farm Festival1 depuis 2011 : les gens viennent découvrir une ferme au cours d’un moment sympa et festif ! Et puis il y a toujours une bonne ambiance : les anciens du village, les voisins, la famille, les amis… tout le monde passe sur la ferme, et il y a une banque de travail qui existe depuis plus de 25 ans avec les paysans voisins. Je compte conserver la partie lait comme atelier principal si je trouve des associés. Et puis, mon fils de 20 mois sait déjà dire « tracteur-remorque », c’est génial !

Chiffres-clés

  • 3 UTH annuels,
  • 0,5 UTH salarié,
  • 0,25 UTH apprentie,
  • 150 ha

Assolement

  • 75 en prairies naturelles,
  • 30 en céréales,
  • 30 en maïs,
  • 15 en prairies temporaires et luzerne

Valorisation

  • 70 % lait
    • 2016 : 330 € / 1 000 l (prix de base à 270 € environ)
    • 2017 : 380 € / 1 000 l (prix de base à 310 € environ)
    • prime IGP Saint-Marcellin
    • dépendance aux cours du lait : -40 000 € en 2016
  • 11 % animaux issus du troupeau lait sur pied (veaux mâles, VR, GP et VP)
  • 7 % vente directe viande
  • 7 % céréales
  • 4 % animaux sur pied troupeau viande
  • 1 % miel

Éléments économiques

  • Ventes 2017 : 400 000 €,
  • Subventions 2017 : 90 000 €, dont 35 000 € ICHN

Activité

  • 90 vaches laitières
  • 16 vaches allaitantes
  • 20 ruches
  • 3 cochons
  • blé et triticale de semence