Une éleveuse et ses manech à la conquête des alpages

Noémie s’est retrouvée un peu par hasard au milieu des alpages. Aujourd’hui, elle se réjouit d’avoir porté son projet jusqu’au bout, malgré les difficultés de son parcours « hors cadre ».

« Les brebis ont été un véritable déclic : des animaux à ma taille qui me permettaient plus d’autonomie et de souplesse dans le travail » raconte Noémie, qui après cinq saisons en alpage avec des vaches laitières, a décidé de s’orienter vers la garde de gros troupeaux. Une autre façon de vivre l’alpage et d’être avec les animaux. Une fois sa décision prise, Noémie s’est mise en quête d’un alpage. Après une première saison à l’alpage de l’Aiguille avec des brebis allaitantes et des chèvres laitières, ce petit coin de paradis s’est révélé être l’endroit !

C’est donc à l’automne 2005

que débute son parcours à l’installation avec la signature d’une convention pluriannuelle de pâturage. Suivront une dizaine d’année de transhumance en Ardèche, une « presque » installation sur le Plateau des Bornes, une formation en fabrication fromagère et enfin, l’acquisition en 2016 via la SAFER d’un vieux corps de ferme et de terrains pour y construire sa bergerie.
« C’est grâce aux éleveurs qui m’ont accordé de la confiance et du temps que je suis devenue l’éleveuse de brebis que je suis aujourd’hui ».
Les formations en Haute-Savoie n’étaient pas très adaptées à son projet, l’agriculture y étant traditionnellement orientée vers les vaches laitières. Ce qui comptait pour elle, c’était de faire à son rythme et l’installation sans la DJA* était une évidence.

Aujourd’hui Noémie possède une cinquantaine de brebis laitière

et une vingtaine d’agnelles de renouvellement de race Manèch tête rousse qui produisent du lait de décembre à août. La montée en alpage lui permet de profiter de la richesse de la flore de montagne, avec les 700 brebis et la trentaine de génisses supplémentaires en pension. Depuis quatre ans, des poules pondeuses et deux truies sont venues diversifier la production. La vente directe en circuit court est essentielle dans la ferme de Noémie, qui est très attachée à ce que ses voisins puissent consommer ses produits. Son prochain défi : renforcer le dialogue avec les citoyens qui, malgré un cadre de vie plutôt rural, peuvent méconnaitre le rôle et le fonctionnement d’une ferme et, de ce fait, la mettre en péril. « Les paysans sont là pour nourrir les gens et ils sont essentiels à l’équilibre d’un territoire. »

Et la Conf’ dans tout ça ?

Elle y a trouvé une oreille attentive et bienveillante à son projet, en marge des standards haut savoyards. Confrontée à des incompréhensions lors de son installation parfois qualifiée de « peu ambitieuse » et « pas moderne », c’est le réseau de l’agriculture paysanne qui l’a conforté dans ses choix.
« Quand on décide de devenir paysan, ça nous vient des tripes. Le transformer en projet économique viable ça demande du temps. Mais ça ne veut pas dire que ce projet a moins de chance d’aboutir que les autres. »

La Ferme en Bref

Activité

  • 100 brebis hivernées dont 50 traites.
  • 500 brebis en pension l’été.

Assolement

  • 140 hectares en alpage,
  • 6 ha en vallée

Données économiques

  • CA : 83 000 €
  • Primes : 38 000€ // 1,4 ETP

Valorisation

  • 6 000 L en AB* transformés en yaourts, fromage lactiques frais et affinés, bêlotin, tomme et fromage de l’Aiguille
  • Viande : 250 kg
  • Commercialisation :
    • 15% magasin AB,
    • 30% AMAP
    • 55% marchés et autres