Loup, l’intenable situation

Dans la région Auvergne Rhône-Alpes, le loup fait le plus de dégâts : 272 constats et 1267 animaux indemnisés ou en cour d’indemnisation pour 2017. Au-delà des chiffres, la présence du loup affecte tous les éleveurs de montagne.

En tant qu’éleveur de mouton, comment ressentez-vous la présence du loup ? Quelles mesures devez-vous prendre ?

Léonard MOUSSET à Saint-Michel-de-Maurienne : Nous avons des brebis laitières et élevons nos agneaux pour la viande. Après une première attaque en 2014, nous avons intégré des Patous à nos troupeaux. J’ai passé le permis de chasse pour participer aux tirs de défense. Une démarche utile cette année car j’ai fais un tir d’effarouchement après avoir vu le loup à 100 mètres de la ferme. La prévention de la prédation devient un atelier à part entière sur nos fermes duquel aucune production ne sortira !

Le stress et l’appréhension sont présents chaque matin pendant la période de pâturage. Les nuits où nous sommes plus tranquilles sont celles où les louvetiers ou les chasseurs habilités veillent.

Je parle de la nuit bien que la moitié des attaques ont lieu le jour.

Loïc Perriaux à Beaufort-sur-Doron : Le loup a attaqué sur le massif en 2016 : plus de 200 brebis ont été tuées chez des transhumants.

Nous avons à l’automne dernier pris 2 chiens de protection et modifié notre système d’estive : finie la liberté des brebis sur l’alpage. Cette année, en montagne, notre salariée a gardé les brebis et vécu dans une caravane : « c’est la précarisation de notre métier ! ». C’est soit ce mode de logement, soit l’abandon de l’alpage et les engagements I.C.H.N. qui vont avec.

Quelles sont les incidences morales, physiques et sociales ?

L. M. : Les pressions physiques et morales exercées sur nous, éleveurs, sont grandes et quotidiennes. Pourtant elles sont souvent ignorées voir méprisées. La présence du loup remet en cause les fondements technico-économiques de nos exploitations pastorales et l’organisation du travail. Les conséquences sur la vie professionnelle et surtout familiale et sociale des éleveurs rend le métier parfois pénible et ingrat.

L.P. : Nous le vivons très mal. À la fois en ce qui concerne la modification des conditions d’estive et les contraintes inhérentes, tout comme l’introduction des chiens de protection dans le troupeau. Celle-ci pose de nouveaux problèmes de voisinage par les aboiements la nuit. La gendarmerie est déjà montée. Quel drôle de sentiment que de traverser le village la tête basse avec ses brebis… Le loup est un choix de société et non celui des paysans !

Propos recueillis par Herbert Leleu et Thierry Bonnamour
Article parut dans notre journal mensuel L’AURA Paysanne N°1 (novembre 2017).