L’élevage extensif a de beaux jours devant lui !

A Trezanne en Isère, au pied du Mont Aiguille, Gilles Arfi et Camille Rousseaux élèvent depuis plus de 10 ans des chèvres et des brebis brigasques pour de la transformation fromagère. Retour sur leur parcours.

Après avoir été instituteur, professeur de français et conseiller juridique, Gilles s’installe en 2003 à Trezanne. Camille le rejoint l’année suivante sur la ferme en Agriculture biologique et Nature et progrès. À eux deux, ils tiennent une table d’hôtes, des chambres et un camping, où ils y proposent leurs fromages de chèvres, produits avec le lait de leur bêtes, et élèvent des porcs, pour leur viande et pour éviter d’avoir à jeter le petit lait.

En 2007, la ferme s’oriente vers les activités équestres avec des séjours à la ferme pendant les vacances scolaires de 12 enfants. L’’activité d’accueil s’arrête, le troupeau des chèvres passe à 40 chèvres et la vente des fromages se développe ainsi qu’un petit atelier de 4 truies gestantes.
En 2013, les brebis brigasques font leur arrivée avec 20 agnelles.
En 2016, la SARL devient le GAEC la Ferme De Trézanne. L’activité équestre est arrêtée. Les chèvres, au nombre de 54, sont traite à la machine tandis que les 30 brebis sont traites à la main. Les porcs sont toujours là. La salariée, présente depuis 2005, quitte la ferme.

Savoir être polyvalent

Aujourd’hui, un salarié saisonnier et une apprentie en BTS secondent Gilles et Camille. « Tout le monde sait tout faire. C’est la philosophie de la ferme, et c’est agréable d’alterner les activités. » précise Camille. Le couple a ainsi plus de temps, et peut aussi partir en vacances.

Camille poursuit : « Je suis contente d’avoir arrêté l’activité équestre, bien que ce soit ma formation première en agriculture. J’ai pu améliorer la qualité de mes fromages, développer mes points de vente et le chiffre d’affaire réalisé par l’activité des chèvres et brebis compense l’arrêt du centre équestre. »

Pour compenser l’arrêt de l’activité d’accueil, qui représentait une bonne source de revenus, Gilles et Camille ont vendu une partie de la maison d’habitation à un couple de particuliers.

« On se donne des coups de main pour le bois, et puis on a pu aussi rembourser une partie de notre emprunt. »

Et depuis, ils gardent, à tour de rôle, leurs brebis et leurs chèvres, 2 à 3h par jour, toute l’année. « On n’est pas autonome en fourrages et on souhaite, dans la mesure du possible, que nos bêtes soient dégourdies et qu’elles mangent ce qu’elles trouvent ».

S’adapter aux contraintes

En effet, bien qu’ils aient 100ha de parcours, ces terres ne sont pas mécanisables, sauf 5ha permettant une coupe de foin. Mais cela ne représente qu’une seule pousse à l’année sur les 45ha de SAU. Les parcours sont donc de mise et les animaux peuvent parcourir 3km par jour.

« L’automne et l’hiver, elles reviennent toutes seules à la ferme. Car depuis que l’on a eu l’attaque du loup en 2016, on rentre systématiquement les animaux à la bergerie le soir. » explique Camille.

Les porcelets sont vendus à un voisin paysans qui les élèvent pour la charcuterie. Les chevrettes et les agnelles sont sélectionnées puis conservées pour le renouvellement du cheptel. Il y a bien un beau jardin, des poules et des canards et 2 vaches, « mais c’est pour notre consommation personnelle. » souligne Camille. « Quand on fait ce métier, on aime aussi bien manger et nous souhaitons être autonomes sur la majorité de ce que nous mangeons. »

Défendre ses idées

L’engagement militant est également bien présent. Gilles siège en CDOA de l’Isère et est trésorier de l’Association des éleveurs de brebis brigasques. Camille a été un temps membre du CA de la Conf’ Isère ; elle est à présent présidente de l’association le Biau panier, collectif de producteurs bio du Trièves qui vendent leurs produits localement. Enfin, ils ont accueilli la Fête de rentrée de la Conf’Isère en septembre dernier. Ce qui plaît à Camille ?

« A la Conf’, tu rencontres des gens passionnés, les discussions et réflexions sont riches. Cela permet de mieux comprendre le fonctionnement des institutions agricoles, et les leviers que l’on peut actionner pour agir. »

Envisager l’avenir

Les projets fourmillent dans cette belle ferme. La recherche d’autonomie et de cohérence écologique guide leurs choix : trouver un troisième point de vente dans le Trièves plutôt que Grenoble, cave enterrée pour affiner les tommes, création d’un magasin de producteurs et artisans du Trièves… La retraite de Gilles pointant le bout de son nez, le couple garde dans un coin de sa tête une éventuelle association. « Mais on n’est pas encore prêt, on a de bonne relation avec nos salariés et on est encore très impliqué dans la ferme. »

La ferme en bref

  • 2 UTH toute l’année
  • 1 UTH en + de mars à fin septembre
  • 1 apprentie en alternance
  • prélèvements pour Camille : 1200€/mois

Éléments économiques

CA par atelier :
  • fromages : 40000€
  • porcs : 10000€
  • agneaux et chevreaux : 10000€
Primes perçues :
  • ICHN, Bio, MAE
  • représente entre 30 et 40000€

Activité

Production laitière :
  • 40 brebis brigasques
  • 50 chèvres : 100L aux pics
Atelier porcin :
  • truies et vérat sélectionntext-align: center;és
  • 10aine de porcelets par truie
  • 2 portées par an
  • races gascon (goût) et large white (standards charcuterie)

Assolement

Typologie des sols :
  • cailloux, argile, séchant
  • beaucoup de déclivité
  • beaucoup de prairies sèches
  • prairies naturelles

Valorisation

Commercialisation des fromages (lieu et CA par semaine) :
  • vente à la ferme : 300 euros de CA
  • marché de Clelles : 1000 euros de CA
  • marché de Grenoble : 450 euros de CA
  • 4 magasins et 1 restaurant (Trièves et La Mure) : 500 euros de CA
Fromages :
  • Brebis : tomme, yaourts, brousse
  • Chèvre : tomme, lactique (type charolais et picodon), faisselle

Bilan

Points forts :
  • tous polyvalents sur tous les ateliers de la ferme,
  • commercialisation de proximité en majorité
  • temps libre suite à recentrage des ateliers
Points faibles :
  • pas d’autonomie en fourrages