En quête d’autonomie et de bien vivre

En Haute-Savoie, les trois associés du Gaec La Pensée sauvage multiplient les innovations en maraichage, soucieux de ne pas devenir esclaves de leurs terres.

« Ici, à la frontière avec la Suisse, ceux qui veulent s’installer comme paysans se heurtent au coût du foncier. » C’est aussi ici que le projet de zone artisanale Borly II vient d’être abandonné, grâce à la mobilisation de citoyens et de paysans.

Mathieu, Gwenaël et Jérôme forment le GAEC La Pensée Sauvage.

Une aventure qu’ils ont créée il y a maintenant une dizaine d’années, quand ils ont fait le choix de la voie paysanne. Formés en ingénierie de l’espace rural pour l’un et en gestion et protection de la nature pour les autres, les trois associés cultivent aujourd’hui 2,5 ha en légumes et 1000 m² en plantes aromatiques et médicinales (PAM) certifiés AB et Nature & progrès. « On fait tous nos plants, précise Matthieu. On a monté une serre à plants collectifs avec d’autres paysans. Eux gèrent le climat ainsi que l’arrosage. En échange, on fait l’entretien de leurs pommes de terre: buttage, désherbage… ». Ils participent également à la Maison des Semences Paysannes de Haute Savoie avec l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural (Adear).

Le GAEC produit un peu plus de 40 tonnes de légumes par an.

Toute sa production est distribuée aux adhérents de l’Amap* « Les carottes sauvages » à Annemasse, membre du collectif ODAMAP. « Au départ, le débouché amap représentait 80 % de notre production et les marchés 20 %. Mais le taux horaire de notre travail s’établissait à 4,30 €, ce n’était pas viable. » L’Amap leur propose alors d’être rémunérés au Smic horaire, à la condition d’arrêter les marchés. Avec l’aide des fondateurs de la première amap en France, ils déconstruisent leur façon de calculer le prix du panier. Et concluent qu’ils doivent réaliser 100 000 euros de chiffre d’affaires par an pour être rémunéré à la hauteur de leur travail. « On a estimé que l’on pouvait nourrir 100 familles et on a donc vendu 100 parts à 1000 euros. Ça peut paraître énorme comme somme, mais on peut aussi se dire que c’est 3 € / jour pour maintenir deux emplois sur une ferme. Aujourd’hui une part de légume coute 1150 euros par an, soit environ 23,50 euros /semaine pour 9 kg de légumes en moyenne».
En complément, les PPAM, qui rémunèrent le troisième associé, sont vendues via deux magasins de producteurs et quelques magasins bio.

Jérôme et Gwénaël travaillent environ 43 heures par semaine et Matthieu 37 heures sur 4 jours.

Les trois associés se relaient pour les permanences de week-end et prennent 5 semaines de vacances par an. Un rythme rendu possible par des coups de main bénévoles sur la ferme : « Les amapiens, notamment, participent à trois chantiers collectifs par an. De nombreux stagiaires (5 par an en moyenne) viennent également renforcer l’équipe  ».
Autre spécificité : le contrat qui les lie à l’amap inclut l’engagement militant dans le temps de travail. Les trois associés se sont donc répartis des « délégations »: ADDEAR, Conf, Initiaterre, Atelier Paysan… Une manière de viser l’autonomie, tout en restant dans le partage et les réseaux !

La Ferme en Bref

Assolement

  • 2,5 ha lég.
  • 1000m² PAM (+ cueillette sauvage)

Activité

  • 42 t de légumes
  • 170 kg de plantes sèches

Données économiques

  • CA : 144 000 € EBE : 77 000 €
  • Primes PAC : 0€ // Crédit d’impôt AB : 2500€/actif
  • Revenu par actif : 22 000 €