Céréales et protéagineux : bilan de campagne 2017

La récolte de céréales affiche un rendement global bien meilleur qu’en 2016, et la qualité des grains est bonne. Mais cela ne saurait masquer l’alerte sur les prix très bas qui ne permettent pas aux paysannes et paysans de combler les coûts de production.

Différents événements climatiques ont pu faire craindre une année difficile pour les productions des grandes cultures, mais ont été contrebalancés par une pluviométrie bien répartie et une pression parasitaire réduite.
Selon le ministère de l’agriculture, la récolte de céréales est estimée à 68,3 Mt, contre 54,2 Mt en 2016 et 66,9 Mt en moyenne de 2012 à 2016. La production de blé tendre, atteindrait 37,5 Mt, soit une hausse de 5 % par rapport à la moyenne quinquennale, avec une très bonne qualité tant pour le taux de protéine que pour le poids spécifique, malgré quelques disparités régionales dues à des pluies en fin de cycle. Ce qui a été le cas dans la plaine des Limagnes.

Bilan contrasté

Pour ma part, les moissons de blé et d’orge avant la pluie se sont bien déroulées avec un rendement dans la moyenne (le rendement national est estimé respectivement à 73,5q/ha et 63,4q/ha) ; mais celles effectuées après la pluie ont vu leur poids spécifique réduit, et sont déclassés. Même chose pour les variétés tardives qui ont subit la vague de chaleur de juin.
La production de protéagineux est en forte augmentation (+ 25 % sur un an et + 17 % par rapport à la moyenne quinquennale) principalement due à la progression des rendements. Ma production de féverole a atteint les 42q/ha.
Sur le plan agronomique, les protéagineux sont une très bonne tête de rotation. Comme ce sont des légumineuses, les bactéries qu’elles hébergent fixent l’azote de l’air, elles ont donc besoin de peu ou pas d’engrais azoté. En plus les protéagineux laissent les terres légères, donc je ne fais pas de labour : un coup de chisel et de canadien suffisent avant le semis de blé.

De la demande sans les prix

Si les contrats sont disponibles, et que leur intégration dans les rotations culturales est importante pour la durabilité des systèmes agricoles, les protéagineux sont en revanche très mal payés : les prix ne couvrent même pas les coûts de production malgré la hausse des rendements.

Concurrence exacerbée

Les productrices et producteurs de céréales sont soumis à une forte compétition sur le marché mondial et à une volatilité des prix très importante. La France s’est longtemps reposée sur une « compétitivité » liée à des rendements élevés par rapport à d’autres territoires céréaliers dans le monde. Or, l’augmentation constante de la production en Mer Noire et du stock de report resserrent les écarts durablement. Et les prochains traités de libre-échange n’arrangeront rien à l’affaire : l’Union Européenne veut rapidement aboutir à un accord avec le Mercosur (pays de l’Amérique du sud).

Devenir plus résilient

Face à cette situation, la conversion en bio constitue l’une des voies possibles afin d’améliorer son revenu. La diversification des productions me semble également indispensable. Par exemple, je pense essayer de faire une parcelle de phacélie, que j’utiliserais à la fois en tant qu’engrais vert, pour ses capacités de décompaction du sol, et ses propriétés mellifères pour les quelques ruches que je souhaite installer.

L’irrigation en question

La gestion de l’eau deviendra une question de plus en plus centrale dans les années à venir. Les derniers épisodes de sécheresse sur notre département ont vu fondre nos réserves en eau. Il s’agit maintenant pour nous de réfléchir à comment l’économiser.
De plus, se lancer à corps perdu dans l’irrigation peut être une lubie pas forcément utile : dans mon voisinage, certaines parcelles non irriguées ont un rendement supérieur des parcelles irriguées. Alors de l’irrigation, oui, mais pas n’importe comment. Privilégier les asperseurs dont l’eau pénètre plus facilement dans le sol et vient intégrer la réserve utile pour les plantes ; plutôt que les canons qui auront tendance à ruisseler et ainsi favoriser l’érosion.
Des solutions peuvent se trouver aussi du côté de la recherche en matière de sélection de variétés résistantes à la sécheresse, permettant de garantir un rendement face aux changements climatiques.