Assainir les rapports entre les ciriers et les apiculteurs

Suite au scandale de 2016 des cires contaminées, ciriers et apiculteurs se mettent autour de la table pour rédiger ensemble un contrat visant à améliorer la traçabilité et à assainir les échanges entre les deux parties.

Les apiculteurs, pour renouveler les cadres de la ruche, utilisent des feuilles de cire moulée ou gaufrée achetées ou fabriquées « à façon » par des ciriers si les volumes de cire d’opercules produits le permettent.

En 2016, un scandale éclate. Plusieurs apiculteurs ont acheté des cires gaufrées certifiées biologiques qui se sont avérées polluées par des pesticides et adultérées par différents corps gras et produits toxiques. La situation devient rapidement très problématique pour eux. En plus de perdre leur certification, leurs ruches subissent de gros problèmes de développement, certaines s’effondrent et mettent en péril la pérennité des fermes. Plusieurs plaintes sont déposées par les apiculteurs et les syndicats (dont la Conf’ avec le SAPRA*) contre le cirier vendeur de cire suspecté de fraude.

Avec le déclin des abeilles, depuis quelques décennies, nous sommes dans une situation où la cire d’abeille est devenue un produit rare, précieux et à forte valeur ajoutée (d’autant plus si elle provient de ruches certifiées en Agriculture Biologique). La filière pâtit d’un obscurantisme. Les acteurs de la filière peuvent faire ce qu’ils veulent sans aucun contrôle avec la confiance pour seul garant. Pour mieux cerner ce problème, La BNEVP* ouvre une grande enquête de contrôle auprès des établissements qui fabriquent de la cire gaufrée ou la revendent.

Le constat est particulièrement alarmant ! 30 % des échantillons prélevés présentent des adultérations par des corps gras étrangers (paraffine, graisses animales ou végétales). L’utilisation de propylène glycol ou de lessive fluidifiant la circulation de la cire sur les cylindres des presses est largement utilisée.

Enfin, la majeure partie des ateliers qui fabriquent des gaufres ne sont pas déclarés auprès des services de l’état, donc soumis à aucun contrôle.

L’effet de cette enquête fit grand bruit. Suite à cela, avec l’aide de Agribio Drôme, nous – syndicat Conf’ et SAPRA – avons organisé une rencontre avec les ciriers de France. Tous ont été invités à se mettre autour de la table. Quatre ont répondu présents (certainement parmi les plus propres). Nous avons pu mieux comprendre leurs problèmes d’approvisionnement en cire ; en effet, certaines pollutions proviennent aussi des cires apportées par les apiculteurs, avant même la phase de transformation en gaufre.

Afin de clarifier les rapports entre ciriers et apiculteurs (acheteur ou vendeur de cire) nous avons décidé d’élaborer un contrat type entre les deux parties. Le contrat pourra décrire les procédés de traitement des ruches, l’origine de la cire, attester de l’existence ou non d’une analyse chromatographique, le procédé du cirier pour la confection des gaufres, … Bref, des infos afin de mieux éclaircir la traçabilité du produit. Cela n’empêchera sûrement pas les fraudes, mais permettra au moins d’avoir un outil moral pour assainir nos échanges.

* SAPRA : Syndicat des Apiculteurs Professionnels de Rhône-Alpes
* BNEVP : Brigade Nationale d’Enquêtes Vétérinaires et Phytosanitaires (rattachée à la DGAL – Direction Générale de l’Alimentation)

Olivier Gachet,
apiculteur-brasseur dans la Loire

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